La croisade des innocents

Scénario et dessins : Chloé Cruchaudet
Edition Soleil, Collection Noctambule
ISBN 978-2-302-07127-8

 

 

Voilà un titre qui me rappelle étrangement un    Loupio que j’ai relu dernièrement : « La Croisade des Enfants » et, en fait, il s’agit de la même histoire qui a réellement existée qui est reprise ici, très fortement romancée.

C’est  un gros bouquin de 172 pages en format 28 x 20 cm avec une couverture cartonnée épaisse représentant un groupe d’enfants traversant une forêt la nuit.

On peut être étonné par le dessin, assez caricatural et sans beaucoup de décors mais il y a surtout des changements de couleur qui même en plein milieu des pages entraînent le lecteur dans une ambiance propice au déroulement de l’histoire.

L’histoire, on la connaît, elle a déjà été tellement racontée ! On sait que cette croisade n’a jamais abouti pour diverses raisons que certains auteurs ont tenté d’expliquer.

Ici, on le devine dès le départ, ca finit mal, très mal mais on est pourtant captivé par le récit, par ses rebondissements, ses moments heureux et/ou malheureux, ses gentillesses, ses vulgarités que l’auteur ne tient pas à cacher.

 

 

 

Michel MAES

 

 

 

 

 

Commentaire de notre confrère, membre du Jury, Marc Eelbo :

« XIIème siècle. Le contexte est tragique, les perspectives d’avenir sont réduites.

Parmi le peuple, l’éducation, la formation sont quasi nuls.

De là un dessin rude, inachevé, aux coloris sombre et tranché, blanc, bistre, gris/bleu, bleu outremer, violet sombre, noir. Les autres couleurs sont quasi inexistantes, elles sont évoquées par la parole, comme en rêve, en un rêve très coloré à la manière d’icônes orthodoxe. 

Aboutissement qui lave tout, à l’instar de ce qui était promis aux « croisés ».

Les dialogues sont au niveau des jeunes enfants, la vue du monde aussi, l’avenir un rêve qui pourrait être Jérusalem, Jésus-Christ.

Aboutissement qui lave tout, à l’instar de ce qui était promis aux « croisés ». 

Sans guide rien n’est simple et pourtant ils y croient, ils y vont. Ils murissent de débrouillardises positives en rapinant … mais avec des prises de conscience du bien et du mal.
Pas simple de grandir.

 Il y a aussi une préséance de certains pour leurs devenirs, qui dès le début, est une manipulation de l’un deux pour se sortir d’une condition humaine non supportable.
Et suspens la fin est vraiment inattendue et noire.

 J’ai relu et aimé cette BD car elle est porteuse au deuxième degré de réflexion sur notre humanité et notre cheminement, heurté vers Dieu au travers du message du Christ.

 Ps : Historiquement la démarche de cette BD est à rapprocher de la croisade des enfants 1212, de la croisade des pastoureaux en 1251 et 1320, processions/croisades, qui sont des mouvements non aboutis, de jeunes adultes issus principalement des classes ouvrières et paysannes subjuguées par des prédicateurs de talents. »

Marc Eelbo